Jane Harkness
La première fois que j’ai vraiment porté attention au monument commémoratif de guerre de ma ville natale, j’étais adolescente et je venais d’accepter le Prix Vimy Beaverbrook de la Fondation Vimy en 2016. On nous avait confié la mission de choisir un soldat de notre ville natale mort en Belgique ou en France pendant la Première Guerre mondiale. Je n’avais aucun parent qui avait combattu pendant la Première Guerre mondiale, alors je me suis tournée vers le monument commémoratif de guerre de la ville. Je savais qu’il y en avait un, qu’il était situé au centre du parc de la ville, juste à côté de la rue principale, qu’il s’agissait d’un cénotaphe avec une grande épée encastrée dans la base du monument qui était taillée pour ressembler à une pierre rugueuse, et qu’il comprenait les noms des personnes de la ville qui étaient mortes à la guerre, mais en général, il se fondait dans le décor de la vie quotidienne de la ville.
J’ai grandi à Virden, au Manitoba, une ville agricole typique des Prairies dont la population s’élève à quelque 3 000 habitants. Pendant la Première Guerre mondiale, la ville comptait environ 1 500 habitants, plus de 200 se sont enrôlés pour le service militaire, et 70 n’ont pas survécu et sont nommés sur le monument commémoratif. J’ai choisi Lorne Edgar Carscadden dans la liste des noms parce que j’ai reconnu le nom de famille d’une entreprise de la ville. J’ai fait des recherches sur son dossier de service à Bibliothèque et Archives Canada, j’ai trouvé des photos de lui dans le musée de la ville et j’ai visité une petite école de rang qui porte son nom. Au Monument commémoratif du Canada à Vimy, où son nom figure parmi ceux qui n’ont pas de sépulture connue, j’ai présenté sa biographie et un hommage à son intention. Ce fut une expérience profondément émouvante. J’ai réalisé que j’avais appris beaucoup de choses sur Lorne, que les 11 285 noms inscrits sur le Monument commémoratif de Vimy étaient tous des personnes avec leur propre vie et leur propre histoire qui pourraient être perdues avec le temps, et qu’il y avait beaucoup de personnes inscrites sur celui de Virden que je devais apprendre à connaître.
Cet événement a déclenché une passion pour les études sur la mémoire et la commémoration, l’histoire locale en temps de guerre et le monument aux morts de ma ville. En 2017, j’ai fait des recherches et compilé les profils de toutes les personnes inscrites sur le monument aux morts de la ville pendant la Première et la Seconde Guerre mondiale et je termine présentement ma maîtrise en histoire où mon sujet porte sur le monument aux morts de Virden.
Les monuments commémoratifs de guerre sont une excellente source pour comprendre l’histoire d’une communauté et de ses habitants en temps de guerre et peuvent faire l’objet de recherches de différentes manières. Une étude très courante consiste à rechercher un soldat inscrit sur le monument aux morts, comme je l’ai fait en 2016. Sinon, le simple fait de visiter un monument aux morts et de regarder ses différents symboles et citations donne une idée de la façon dont une communauté a vécu la guerre. Grâce à mes propres recherches, j’ai beaucoup appris sur l’étude des monuments aux morts et sur l’approche unique des sources que cette histoire requiert. Dans la plupart des cas, ces sources ne sont pas conservées dans de grandes archives officielles ou n’ont pas de versions numérisées disponibles en ligne, mais sont plutôt éparpillées dans la communauté. La clé est de savoir où chercher.
Les musées locaux sont une mine d’information et de connaissances sur l’histoire de leur communauté. Dans mon propre musée local, j’ai pu trouver des photos, des croix commémoratives, des lettres et des artefacts des soldats sur le cénotaphe, ainsi que des photos et des brochures du service d’inauguration du cénotaphe et plusieurs artefacts des expériences de la ville pendant les guerres mondiales.
Les journaux locaux étaient la principale source d’information sur tout ce qui se passait dans la communauté et une bonne partie du journal était consacrée à la vie locale. Pendant les guerres mondiales, ils documentaient les initiatives communales en temps de guerre, la levée de bataillons locaux, les lettres des soldats locaux sur le front et les hommages aux morts de la guerre. Après la guerre, les monuments aux morts étaient souvent évoqués dans le journal de la ville. Ces journaux peuvent être trouvés à différents endroits. Certains journaux possèdent encore les exemplaires originaux, tandis que d’autres se trouvent dans des musées ou des bibliothèques locales, voire dans des bureaux municipaux, des archives municipales ou des archives provinciales.
D’autres endroits possèdent leurs propres archives et artefacts uniques liés à l’histoire locale en temps de guerre. Les légions regorgent souvent de sources telles que des histoires d’unités, des photographies, des plaques et des objets donnés. Pour ceux qui souhaitent en savoir plus sur l’expérience de la guerre au sein d’une communauté ou sur les efforts déployés pour ériger un monument aux morts, les églises et les clubs possèdent leurs propres archives qui font état de leur participation, et les bureaux des villes et des municipalités possèdent souvent les procès-verbaux des conseils qui révèlent des informations sur les expériences de la ville à cette époque.
Les livres d’histoire de la communauté et de la municipalité constituent une autre source importante d’informations locales. Ces livres ont été rédigés par des membres passionnés de la communauté et sont remplis d’information sur l’histoire de la communauté et des personnes qui y ont vécu. On peut trouver ces livres dans les musées et les bibliothèques locales et ils contiennent souvent des détails sur les monuments aux morts, l’expérience de la communauté en temps de guerre, la vie des soldats et leurs familles.
Il existe également d’étonnantes sources numériques permettant de se renseigner sur les monuments aux morts locaux, dont deux sont manitobaines. La Société historique du Manitoba a des profils (http://mb1870.org/mhs-map/search?go=t&string1=military&st-name=Monument&submit=Search) sur tous les monuments commémoratifs de guerre de la province. Ces pages comprennent des photos de ces monuments, leur emplacement, ainsi qu’une liste de toutes les personnes figurant sur le monument, avec leur nom, leur profession, leur service, leur grade, leur date de naissance et leur date de décès. Récemment, ils ont également recoupé toutes ces listes de noms et ont inclus des hyperliens vers tous les autres monuments commémoratifs dans lesquels chaque personne est incluse.
Le gouvernement provincial du Manitoba a également conçu en 2014 une publication intitulée War Memorials in Manitoba : An Artistic Legacy (https://www.gov.mb.ca/chc/hrb/internal_reports/war_memorials.fr.html) qui est disponible gratuitement sur leur site Web. Elle examine la conception et la construction des monuments commémoratifs de guerre, les types de monuments au Manitoba, les récits de divers endroits au Manitoba pendant la Première Guerre mondiale, le matériel didactique pour enseigner les monuments commémoratifs de guerre et un inventaire de tous les monuments de guerre au Manitoba compilé en 1996.
Je m’en voudrais de ne pas mentionner deux merveilleux outils nationaux permettant de se renseigner sur les soldats locaux. La collection numérisée des dossiers de service de Bibliothèque et Archives Canada (https://www.bac-lac.gc.ca/fra/transparence/aiprpdp/Pages/acces-information-dossiers-militaire.aspx) des Première et Seconde Guerres mondiales a été une source indispensable pour en apprendre davantage sur les personnes figurant sur le monument commémoratif de guerre. De plus, le Mémorial virtuel de guerre du Canada d’Anciens Combattants Canada (https://www.veterans.gc.ca/fra/remembrance/memorials/canadian-virtual-war-memorial) offre des renseignements utiles et comprend souvent des photographies.
Toutes ces sources m’ont été d’une aide précieuse dans mes recherches sur le monument aux morts de ma ville et les personnes qui y sont inscrites. L’étude des monuments commémoratifs et des morts de guerre, en particulier dans votre propre communauté, est une expérience très enrichissante qui vous permet de créer des liens personnels avec votre communauté, ses membres passés et présents, et son histoire. Les monuments aux morts sont des objets commémoratifs publics qui ont été construits pour que le public s’engage et pour s’assurer que les morts de la guerre ne soient pas oubliés au fil du temps. Plus d’un siècle après la Première Guerre mondiale, nous ne pouvons qu’honorer leurs souhaits. En prenant le temps de visiter ces mémoriaux de guerre et de nous engager avec eux, nous pouvons garder la commémoration locale vivante dans nos propres communautés.