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Une inquisition théorique : le Malleus Maleficarum dans les cours de premier cycle

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[Image de couverture – Brochure sur la sorcellerie, compte rendu des procédures par Teodora Bujenita].

Richard Raiswell

En janvier 2022, j’ai enseigné un séminaire de deuxième année centré sur le tristement célèbre manuel de chasse aux sorcières de 1486, le Malleus Maleficarum. Le Malleus est un livre important, car c’est l’un des premiers textes imprimés à décrire ce que les spécialistes modernes ont appelé « le concept élaboré de la sorcellerie » – l’idée que les sorcières aient conclu un pacte officiel avec le diable, scellé par des rapports avec Satan, afin d’exercer une magie maléfique dans le monde entier. C’est ce remaniement de la théorie de la sorcellerie qui est à l’origine de nombreuses poursuites contre des personnes soupçonnées de sorcellerie en Europe jusqu’au milieu du XVIIe siècle.

Le texte et ses problèmes

Si le Malleus est certainement le plus connu des nombreux textes de chasse aux sorcières produits au début de la période moderne – et la référence incontournable pour les critiques populaires de la superstition, de l’irrationalité et de la bigoterie médiévales (sic) – c’est un mauvais livre : il est mal écrit et mal argumenté, truffé de contradictions et d’erreurs de raisonnement ; les sources sont parfois mal interprétées, mal caractérisées et mal citées – souvent délibérément. Et pour un texte pointé à juste titre du doigt pour sa misogynie rampante, les auteurs oublient fréquemment de féminiser les noms et pronoms des sources dont ils s’inspirent. Cela s’explique en partie par le fait que l’auteur principal du Malleus – l’inquisiteur dominicain Henricus Institoris – a écrit une grande partie de l’ouvrage à la hâte, dans un accès de colère, après l’échec des poursuites engagées contre six sorcières qu’il avait mené à Innsbruck l’année précédente.

Même en faisant abstraction de son contenu répréhensible, cela signifie que l’enseignement de ce texte pose de nombreux problèmes pédagogiques !

En tant qu’historien intellectuel, mon principal objectif dans l’enseignement du Malleus était d’aider les étudiant.e.s à comprendre le texte selon sa valeur intrinsèque et dans le contexte de l’environnement d’où il est issu. En d’autres termes, je voulais que les étudiant.e.s soient capables d’éviter la tendance populiste à la condescendance historique et d’apprécier l’urgence qui imprègne le texte, ainsi que le sentiment de crise eschatologique qui sous-tendait et informait la pensée d’Institoris et de son collaborateur, le théologien kölnois Jacobus Sprenger. Cependant, le texte offre également l’occasion de faire réfléchir les élèves sur la manière dont les procédures juridiques peuvent être manipulées par les « gens sensés » pour protéger la société face à une panique morale (ou existentielle) – que le « bon verdict » est rendu conformément à ce que « tout le monde sait », et qu’une personne « manifestement coupable » n’échappe pas à la justice équitable sur la base de « quelque formalité judiciaire ».

Le Malleus est divisé en trois sections très différentes. La première est constituée d’une série d’arguments théologiques denses et abstraits, organisés selon le style scolastique caractéristique utilisé dans les universités du haut Moyen Âge. La seconde examine comment les sorcières sont capables d’exercer leur magie maléfique et s’appuie sur des témoignages dignes de foi et sur des « faits » légaux obtenus par des confessions « volontaires ». Le dernier tiers du texte est en fait un traité juridique sur les procédures à suivre dans l’engagement de poursuites de sorcellerie. Il décrit comment les procédures doivent être lancées, comment les témoignages doivent être recueillis et les témoins entendus, les types de preuves susceptibles d’indiquer la culpabilité, les lignes de défense qui doivent être autorisées à un accusé, les circonstances dans lesquelles la torture peut être licitement appliquée, et les types de peines appropriées pour une sorcière condamnée. Bien que cette section soit une lecture quelque peu ennuyeuse, elle se voulait pratique – en effet, à plusieurs endroits, elle comprend des exemples de textes destinés à être utilisés dans des sections particulières de la procédure. Suivant l’exemple d’Institoris, j’ai utilisé cette section pour développer une inquisition fictive afin d’aider les étudiant.e.s à comprendre comment les procès de sorcières pouvaient fonctionner et pourquoi, dans certaines conditions, des accusations pouvaient dégénérer en une véritable panique de sorcières. Cette inquisition en classe s’est déroulée sur huit cours de 75 minutes pendant la seconde moitié du semestre.

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[Image : l’inquisiteur Thomas de Mayence (joué par Thomas Haslam) et la notaire Erika Kraus (Vira Kirk) prêtent serment à un déposant. Photo reproduite avec la permission de l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard].

Le scénario

J’ai choisi la ville de Ravensburg en 1494 pour les procédures. Située dans le sud-ouest de ce qui est aujourd’hui l’Allemagne, Ravensburg était alors un important centre commercial. Le choix n’était pas arbitraire. Institoris avait été actif dans la ville dix ans auparavant, travaillant avec les magistrats de la ville pour obtenir la poursuite et la condamnation de deux femmes pour des délits liés à la sorcellerie – et donc, pour les besoins des personnages que les étudiant.e.s allaient adopter, cela signifiait que la présence de sorcières dans la ville était encore un souvenir relativement récent.

Ce cadre m’a également offert l’occasion d’amener les élèves à réfléchir à la vie dans une ville de taille moyenne du XVe siècle. À cette fin, j’ai élaboré une série de documents d’information détaillant l’histoire récente de la ville et décrivant sa géographie physique, sociale et économique. Je leur ai également fourni une carte de la ville datant des débuts de l’ère moderne, identifiant bon nombre de ce qui aurait été ses points de repère les plus importants – le Rathaus, les marchés, les églises et les différentes tours de guet contrôlant l’accès à la ville entourée de murs. L’objectif était d’amener les élèves à réfléchir à la spatialité d’un environnement urbain du début de l’ère moderne et à la manière dont elle a pu déterminer les relations sociales.

La plupart des étudiant.e.s de la classe devaient prendre l’identité d’un des personnages de citadins que j’ai développés. Ces personnages provenaient de tout l’éventail du spectre social et économique. Au bas de l’échelle, j’avais une migrante célibataire, plusieurs veuves avec enfants et une fileuse payée à la pièce. Ces personnages étaient contrebalancés par des femmes disposant d’un capital social, notamment la femme du maire et l’épouse d’un riche marchand. Il y avait également des personnages qui occupaient des positions plus précaires ou liminales dans la ville, notamment une herboriste sans licence, une sage-femme et la concubine du prêtre local. Pour refléter le niveau général de familiarité que les habitants de la ville auraient eu entre eux, j’ai fourni à tous les élèves une description de base de chaque personnage, son caractère et sa réputation. Après avoir choisi un personnage à jouer, chaque élève a reçu une description beaucoup plus complète de son personnage, qu’il/elle était le/la seul.e à connaître. Cette description décrivait leur situation économique et sociale, leurs amitiés, leurs rivalités et leurs inimitiés – des informations précieuses qu’ils/elles devaient exploiter au fur et à mesure du déroulement du scénario. En guise d’introduction, j’ai demandé aux élèves de développer leur personnage de manière plus approfondie, en s’appuyant sur une partie de la riche littérature secondaire sur les femmes actives des débuts de l’ère moderne, sur la religion vécue et les superstitions populaires.

Les procureurs – l’inquisiteur, son notaire et les ecclésiastiques locaux et itinérants – étaient cependant au cœur de l’exercice. Afin d’imiter ce qui aurait été la dimension sexuée d’une véritable inquisition, je voulais que ces rôles soient tenus par des étudiants masculins. Cependant, dans une classe de 20 personnes, je n’avais que 4 hommes – et j’ai donc fait appel à une étudiante pour jouer le rôle du notaire. Bien que cela soit un peu tiré par les cheveux, il existe des précédents de femmes de notaires supervisant la documentation d’activités plus banales dans le nord de l’Italie – bien que je ne connaisse aucun cas où une femme ait servi de notaire pour une inquisition sur la dépravation hérétique !

L’inquisition

Le scénario commence par un étudiant jouant le rôle d’un prédicateur itinérant qui prononce un sermon incendiaire contre les méfaits de la sorcellerie, sur le modèle de certaines des prédications les plus venimeuses du frère franciscain Bernardino de Sienne, au début du XVe siècle. Le fait de rappeler à leurs auditeurs et auditrices que le diable et ses serviteurs constituaient une menace réelle – lorsqu’ils étaient associés à des conditions économiques catastrophiques inattendues – semble avoir précédé historiquement des flambées de panique liée aux sorcières dans diverses parties du continent. Pour tirer parti de cette méfiance accrue, j’ai ensuite fait inciter les habitants de la ville à « répandre des rumeurs » – dans un forum de discussion en ligne dans lequel les personnages se calomnient les uns les autres, répandent des ragots et se rejettent mutuellement la responsabilité du récent été exceptionnellement pluvieux et de ses conséquences sur le prix des céréales et autres denrées alimentaires. En fin de compte, je voulais prédisposer les habitants de la ville non seulement à penser aux démons, mais aussi à voir le démon dans les actions banales des autres.

Comme ce fut le cas à Ravensburg en 1484, notre inquisition a commencé par une dénonciation générale. Empruntant le modèle du texte d’Institoris dans le Malleus, notre inquisiteur a émis une convocation générale ordonnant aux citadins de dénoncer devant lui et ses collaborateurs toute personne de la communauté qu’ils soupçonnaient d’hérésie ou de sorcellerie nuisible aux personnes, aux animaux ou aux cultures. Un à un, les élèves se présentèrent devant l’inquisiteur pour faire des dénonciations fondées sur leur caractère, signalant sous serment des comportements suspects, des événements apparemment inexplicables, des coïncidences apparemment significatives. Dans la plupart des cas, il ne s’agissait pas d’accusations ouvertes de démonisme, mais plutôt d’antagonismes locaux filtrés par les croyances et les superstitions populaires.

Comme le conseillait Institoris, les déposants étaient également interrogés sur leur position sociale et leur réputation, ainsi que sur leurs relations avec les personnes qu’ils accusaient de malveillance, afin d’évaluer leur fiabilité. Après tout, comme le soutenait Institoris, pour sauvegarder le processus et protéger une accusée contre des poursuites malveillantes, le témoignage d’ennemis mortels ne devrait pas être crédible – celui d’ennemis naturels, par contre, était tout à fait acceptable ! Leurs dépositions étaient notées par le notaire dans les moindres détails, notant entre autres le comportement de l’accusateur.

Une fois le processus de déposition terminé, il revenait à l’inquisiteur et au notaire de se pencher sur les témoignages qui avaient été offerts, en distinguant la crédibilité des malveillants ou des trompeurs. Cette partie de la procédure m’a particulièrement intéressé, car la sorcellerie est un crime secret, connu en grande partie par les « preuves » empiriques de ses effets dans le monde naturel. La difficulté de raisonner des effets aux causes, comme l’ont fait valoir les auteurs du Malleus, était de distinguer le mal causé par la sorcellerie maléfique du malheur naturel : une tempête de grêle anormale qui détruit le verger d’un habitant de la ville peut être l’un ou l’autre. Dans ces conditions, il était important pour l’inquisiteur d’établir une hiérarchie des témoignages en fonction du crédit social des parties déposées. Ce faisant, j’ai voulu voir comment l’inquisiteur et le notaire reconstruisaient les angoisses et les préjugés de la communauté pour les adapter à leur cosmographie diabolique, et dans quelle mesure les accusations reflétaient la géographie sociale de la ville.

Sur la base de leur analyse des dépositions, les soupçons de l’inquisiteur se sont portés sur deux femmes : l’herboriste qui, selon la rumeur, vendait des charmes amatoires en même temps que des potions plus salutaires ; et Anna Notterin, une veuve d’âge moyen, acariâtre et pugnace, qui survivait grâce au maigre revenu qu’elle tirait de la vente de choucroute, et qui avait récemment agressé l’un des inspecteurs de la ville lorsqu’elle avait été accusée de vente à découvert, en saisissant les cheveux de l’inspecteur et en s’exclamant « Je me débarrasserai de toi ou que Dieu me foudroie ! ».

L’inquisiteur décida de poursuivre les soupçons soulevés à l’encontre de Notterin, car son cas semblait plus solide, plus simple, et la découverte d’une sorcière dans la communauté rendrait les poursuites ultérieures d’autant plus faciles. À cette fin, l’inquisiteur a rappelé les étudiant.e.s qui avaient fait des allégations contre Notterin. Les élèves rappelés n’avaient aucune idée de ce sur quoi ils/elles allaient être interrogé.e.s – et l’élève jouant le rôle de Notterin n’avait aucune idée qu’elle était la principale préoccupation de l’inquisiteur. Alors que le Malleus énumère les questions à poser à ces témoins et détaille la manière dont elles doivent être présentées, le travail de l’inquisiteur à ce stade consiste à rechercher des preuves qui l’amènent à soupçonner fortement Notterin de sorcellerie. L’incident du tirage de cheveux était en soi une agression, mais ce n’est que le fait que l’inspecteur ait porté plainte qu’il se sentait mal depuis cette altercation qui suggérait que la menace de Notterin était en fait une malédiction. Ce soupçon a encore été amplifié par des rumeurs qui accusait Notterin de s’être éclipsée de la ville plus tard dans la journée pour brûler les cheveux qu’elle avait arrachés, ainsi qu’un étron d’enfant et quelques graines. Toutes les dépositions diffèrent dans les détails mais, prises dans leur ensemble, elles s’accordent sur l’essence du crime : que Notterin était une sorcière. En conséquence, l’inquisiteur a ordonné l’arrestation de Notterin.

Arrestation et interrogation

En effet, ce qui est souvent décrit comme « le procès de l’accusée » n’est en fait pas un procès au sens où nous l’entendons, car l’inquisiteur a déjà largement établi la culpabilité de l’accusée. En effet, les « garanties » inhérentes au système étaient telles qu’il ne l’aurait pas fait arrêter s’il n’avait pas déjà été raisonnablement certain qu’elle était une sorcière. Cela se reflète dans le type de questions que le Malleus suggère de poser à une accusée à ce stade. Elles ne visent pas à établir la version des faits du suspect. Elles sont plutôt fondées sur sa culpabilité : ses parents sont-ils morts de mort naturelle ou ont-ils été brûlés ? Pourquoi les gens ordinaires la craignent-elle tant ? Pourquoi avait-elle maudit untel ou unetelle ? Pourquoi était-elle présente à tel ou tel endroit ?

Néanmoins, à ce stade, l’accusée a été autorisée à prendre un avocat. L’avocat a reçu des copies des dépositions faites contre elle, mais celles-ci avaient été rendues anonymes afin de protéger les déposant.e.s contre des représailles magiques. En travaillant avec Notterin, l’avocat est capable de relier certains témoignages à des personnes spécifiques du scénario et de contester leur aptitude à témoigner. Une sorcière accusée qui nie le témoignage sous serment d’un certain nombre de témoins formellement déposés par l’inquisiteur lui-même ne mènera évidemment nulle part – et pourrait être considéré comme une simple tactique dilatoire, exposant l’avocat lui-même à une accusation de subornation d’hérésie. Le seul véritable moyen de contester le dossier à charge était de remettre en cause la constitution du tribunal lui-même ou son fonctionnement. À Innsbruck, l’inquisition Institoris s’était effondrée en partie sur la question des irrégularités de procédure concernant la nomination de son notaire. Dans notre scénario, cependant, l’avocat de l’accusée s’est concentré sur le fait que le notaire de l’inquisiteur était une femme. Tournant la misogynie du texte à l’avantage de l’accusée, l’avocat a fait valoir qu’en s’appuyant sur une femme notaire, l’inquisiteur avait ouvert la procédure à la possibilité d’une contamination démoniaque. Citant l’étymologie fallacieuse de femina (femme) dans le Malleus, dérivée de minus (moins) et de fe (une forme abrégée de fidei, la foi), l’avocat a suggéré que les femmes étant plus envieuses et donc plus enclines à rejeter la foi et à se tourner vers la sorcellerie démoniaque pour réaliser leurs désirs charnels, il ne fallait pas faire confiance aux témoignages déposés auprès d’une femme notaire. Bien qu’il s’agisse d’une stratégie ingénieuse – et vraiment la seule ligne de défense disponible à l’accusée – elle échoue parce que l’arbitre des questions relatives à la procédure, affirme le Malleus, est l’inquisiteur lui-même.

Interrogée directement, l’accusée nie être une sorcière ou avoir maudit l’inspecteur de la ville. Mais étant donné qu’il soupçonnait déjà fortement l’accusée de sorcellerie, il avait des raisons plus que suffisantes pour la soumettre à la torture.

L’application de la torture est essentielle pour comprendre la dynamique des paniques liées à la sorcellerie. Les questions suggestives posées sous une forte contrainte physique sont généralement le moment où l’accusée recadre son récit dans les termes qui lui sont suggérés. C’est le moment où la suspecte admet que les expressions de tension sociale et économique faisaient en réalité partie d’une conspiration démoniaque dont elle faisait partie.

Il n’y avait évidemment aucun moyen d’arriver à quelque chose d’approximatif dans ce processus. J’ai plutôt utilisé ce point pour faire une pause dans le procès et pour discuter de la théorie et de l’application légale de la torture, à la fois historiquement et dans le contexte du « débat savant » sur son utilisation en réponse aux attaques du 11 septembre aux États-Unis.

Lorsque le procès reprit une semaine plus tard, Notterin avoua volontairement et ouvertement devant un public de citadins – non seulement qu’elle avait maudit l’inspecteur, mais qu’elle avait utilisé la sorcellerie pour rendre impuissant un homme qui refusait d’acheter sa choucroute, que par la sorcellerie elle avait été capable de se transformer et de se rendre au sabbat des sorcières où elle renonçait à sa foi, mangeait les cadavres d’enfants baptisés et exerçait ses désirs contre nature avec des démons. En effet, elle a admis que l’homme que les gens avaient pris pour son mari était en fait un démon incube, et qu’il était le père de sa fille. Et – chose cruciale – étant donné qu’elle était présente au sabbat, elle a également pu nommer certaines des autres personnes qu’elle y avait rencontrées. En obligeant l’accusée à recontextualiser les accusations portées contre elle dans le cadre de la vision intellectuelle du monde de l’inquisiteur, la torture a révélé une conspiration de sorcières beaucoup plus large que ce que l’on avait d’abord soupçonné. Il y avait manifestement encore du travail à faire à Ravensburg.

Sur la base de ses aveux, l’inquisiteur détermine qu’Anna Notterin est coupable de sorcellerie. Repentante, elle est condamnée à la prison à vie, même si l’inquisiteur note que certains des crimes qu’elle a avoués sont également des infractions à la loi séculaire et qu’il serait donc juste et approprié qu’elle soit également poursuivie par ces autorités.

Réflexion

En guise de travail final, chaque étudiant.e devait rédiger un pamphlet relatant les événements du point de vue de son personnage. Ces pamphlets ont survécu en grand nombre à la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe siècle, mais ils constituent des sources incroyablement problématiques à utiliser sur le plan historique, car leurs auteurs sont souvent profondément investis dans leur interprétation des procédures, même lorsqu’ils sont rédigés par des personnages auxquels nous serions enclins à attribuer un plus grand capital social et une plus grande objectivité. Les juges sont investis dans les verdicts qu’ils prononcent. Et dans le cas de ce scénario, l’avocat de l’accusée était déterminé à faire valoir que la procédure avait été contaminée par la malveillance d’inspiration démoniaque du notaire – et le notaire était désireuse de contrer ces accusations calomnieuses.

Au cours de notre séance de verbalisation, j’ai demandé aux élèves de discuter de leurs pamphlets et du point de vue de leur personnage sur les événements pour avoir une idée de l’investissement et de la difficulté d’utiliser de telles sources. J’ai également demandé aux élèves de réfléchir à l’exercice dans son ensemble. En général, ils/elles ont trouvé qu’il s’agissait d’une façon passionnante de penser au texte – en le traitant comme un document vivant. Mais surtout, le fait de ne pas savoir comment la procédure allait se dérouler – s’ils/elles allaient eux-mêmes être accusé.e.s de sorcellerie – et de ne pas savoir qui déposait quoi contre eux a vraiment aidé à synthétiser une partie de l’anxiété liée à la présence d’un inquisiteur.

De mon point de vue, l’exercice a permis aux étudiant.e.s de voir directement comment la théologie mal argumentée d’Institoris et de Sprenger pouvait transformer des expressions normales de tension sociale en preuves d’une vaste conspiration satanique – recontextualisant une petite dispute sur la taille d’une mesure de choucroute comme faisant partie de la bataille ultime entre le bien et le mal qui se déroule à travers toute la création.

J’ai prévu des révisions et des améliorations pour la prochaine itération du cours prévue pour janvier 2024.

Richard Raiswell est professeur d’histoire à l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard et membre du Centre d’études de la Renaissance et de la Réforme de l’Université Victoria à l’Université de Toronto. Il est éditeur et traducteur de l’ouvrage The Medieval Devil : A Reader (avec David R. Winter), et coéditeur de la Routledge History of the Devil (avec Winter et Michelle Brock, à paraître en 2024).

[Image de la couverture : Le récit du procès Notterin par Greta Zimmerman (jouée par Teodora Bujenita). Photo reproduite avec la permission de Teodora Bujenita].

[Image : « Je me débarrasserai de vous ou que Dieu me foudroie ! » L’inquisiteur et le notaire entendent parler de la malédiction d’Anna Notterin. Photo reproduite avec la permission de l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard].