James Steven Byrne
Dans mon article précédent, j’ai mis l’accent sur l’utilisation d’une discussion explicite des conventions de style comme outil pour les lectures assignées pour que les étudiants s’adaptent aux valeurs des historiens. Dans cet article, j’aimerais poursuivre avec quelques réflexions sur le style en tant qu’outil pour expliquer les devoirs aux étudiants et présenter un argument en faveur de l’intégration d’une grande variété de styles dans leurs devoirs.
En tant qu’étudiant de premier cycle, presque tous mes travaux écrits se classait dans le style d’« essai d’histoire de premier cycle ». Je qualifierais ce style comme étant un apprentissage visant à initier les étudiants aux compétences nécessaires pour faire une analyse historique et à intégrer certaines, mais pas toutes, des conventions de textes en histoire professionnels publiés dans les revues et les anthologies. La principale variation dans ce type de travail est de savoir si les étudiants obtiennent un ensemble de sources à partir desquelles ils peuvent bâtir leur argumentation ou s’ils sont censés faire des recherches indépendantes et trouver tout au moins quelques sources pertinentes par leurs propres moyens.
Les élèves peuvent tirer profit d’une discussion explicite sur le style de plusieurs façons dans ce genre de travail. Premièrement, discuter du style peut simplement donner aux étudiants une meilleure idée de ce qu’ils sont supposés réaliser dans le cadre d’un devoir. À quoi ressemble une thèse d’histoire et quel est le but de celle-ci ? Les étudiants, surtout au début de leur carrière universitaire, ne peuvent s’imaginer que quelqu’un d’autre que le professeur qui leur a donné ce devoir le lira. Cela peut donner lieu à des articles qui semblent ennuyeux ou mal conçus, même s’ils répondent formellement aux demandes du professeur. Par exemple, plus tôt dans ma carrière, j’ai souvent demandé à des étudiants d’écrire des articles sur l’histoire culturelle ou intellectuelle du Moyen Âge texte pour démontrer qu’un penseur médiéval avait tort, en termes modernes (par exemple, une critique de la preuve de l’existence de Dieu par Thomas d’Aquin). Après avoir eu une discussion plus explicite sur le style et, en particulier, une autre sur les points forts et faibles de certains essais d’étudiants avec eux, j’ai été en mesure de minimiser le nombre d’étudiants qui faisaient fausse route et de répondre aux besoins de ceux qui l’avaient fait.
Lorsque je discute d’écriture en classe, publiée ou celle d’étudiants, j’essaie d’attirer l’attention de mes étudiants sur la façon dont les historiens appuient leurs arguments. Nous nous attendons à ce que tous les textes persuasifs soient motivés, c’est-à-dire qu’ils expliquent, d’une certaine façon, à leurs lecteurs pourquoi ils devraient s’intéresser à ce qu’ils lisent. Mais ce qui est considéré comme une bonne motivation est étroitement lié au style et aux attentes du lecteur. Il y a des changements motivants qui sont communs à l’ensemble du milieu universitaire ; nous identifions fréquemment les lacunes dans la recherche existante et démontrons comment notre travail les comble. Cependant, les types de questions et d’arguments que nous considérons intéressants varient considérablement d’une discipline à l’autre. Pour revenir au texte de Caroline Walker Bynum « Fast, Feast, and Flesh », l’exemple que j’ai utilisé dans mon article précédent, Bynum commence par noter que bien que les spécialistes de la religion médiévale aient beaucoup écrit sur la pauvreté et la chasteté, on a relativement peu abordé la question de la nourriture, même si la gourmandise et le jeûne étaient des préoccupations centrales dans les écrits religieux médiévaux. Tous seront d’accord pour dire qu’il s’agit là d’une mesure de motivation historique exemplaire. Cependant, bien que Bynum identifie une lacune dans la recherche, chose commune dans tous les travaux savants, le problème particulier qu’elle pose est clairement historique. La question implicite que Bynum pose dans son premier paragraphe, « quelle était la signification religieuse de la nourriture pour les gens du Moyen Âge », permettra, si elle l’aborde de façon convaincante, d’approfondir la compréhension de ses lecteurs sur un aspect central de la vie spirituelle médiévale, précisément le type de connaissance que les historiens apprécient. Dans sa référence à l’accent mis par d’autres sur la pauvreté et la chasteté – l’argent et le sexe, comme elle le souligne – Bynum critique également leur présentisme en mettant l’accent sur les obsessions modernes au sujet des préoccupations des acteurs historiques de chacun. Il s’agit là surtout d’une critique distincte – qui est plus importante pour les historiens que pour tout autre public. Pour en revenir à mon exemple des étudiants qui ont écrit sur Thomas d’Aquin, si ceux-ci ont eu une discussion préliminaire sur ce que les lecteurs d’histoire valorisent et comment cela se manifeste dans la rédaction d’histoire, il est plus facile de comprendre pourquoi un motif comme « Thomas d’Aquin avait tort sur une question importante » pourrait être congruent dans un argument théologique ou philosophique, mais ne le serait probablement pas dans un argument historique car sans contexte, il ne laisse espérer aucune compréhension plus approfondie des lecteurs de tout milieu d’historiens quel qu’il soit.
En plus de m’aider à mieux expliquer les travaux à faire, la réflexion sur le style m’a poussé à élargir les types de travaux que je donne au-delà de la rédaction d’histoire standard de premier cycle et des travaux qui s’y rattachent (comme les analyses de sources primaires ou les bibliographies annotées). Ces travaux « canons » sont utiles pour développer les compétences de base des étudiants en analyse historique – ils leur apprennent à penser comme des historiens. Cependant, c’est un apprentissage pour un type d’écriture qui se fait presque exclusivement à l’extérieur de la salle de classe par des historiens professionnels titulaires d’un diplôme d’études supérieures. Certains de mes étudiants suivront des programmes d’études supérieures en histoire ou dans des domaines connexes, mais la grande majorité ne le feront pas. Et les textes d’histoire ne sont pas les seuls moyens pour les étudiants de développer leurs compétences en analyse historique. Ainsi, par exemple, dans mon cours sur la chevalerie et le féodalisme, un cours d’études médiévales qui se concentre sur la façon dont les conflits étaient résolus dans une société où le pouvoir de l’État était souvent très faible, j’ai demandé à des groupes d’étudiants d’écrire et de créer une malédiction liturgique rituelle et une humiliation du saint (ce sont des réponses monastiques aux graves violations, essentiellement la conjuration de la colère de Dieu et du saint du couvent envers les transgresseurs). Je donne aux étudiants quelques sources primaires et secondaires sur la malédiction liturgique et l’humiliation et ce devoir est remis à la fin d’une unité dans laquelle nous avons discuté des conflits entre le clergé et l’aristocratie. Pour bien faire le travail, les étudiants doivent à la fois utiliser les sources fournies pour comprendre l’origine et le but de ces rituels et, puisque les rituels font référence aux transgressions qui les avaient provoqués, pour situer leur rituel dans un contexte historique plausible. En d’autres termes, il développe les mêmes compétences que celles que nous utilisons pour construire des travaux plus classiques.
Ce genre de reconstitution ne conviendra certainement pas à tous les cours d’histoire, mais il peut être particulièrement utile dans ceux où l’on s’attend à ce qu’il y ait une forte proportion d’étudiants qui se spécialisent dans d’autres disciplines, car il pose certaines questions fondamentales – en particulier l’importance centrale de pouvoir situer une source dans un contexte approprié – qui sont parfois plus implicites dans des textes traditionnels. De plus, il est également utile de considérer les genres d’écriture publiés qui utilisent l’analyse historique mais qui ne sont pas nécessairement des textes savants – ceux-ci peuvent aider les spécialistes et non spécialistes en histoire à considérer les façons dont les arguments peuvent être utilisés pour s’adresser au grand public. Par exemple, dans mon cours « Esclavage, démocratie et capitalisme », sur l’esclavage dans le monde atlantique, le premier travail d’important que je demande aux étudiants d’un groupe est de produire le texte d’une exposition en bibliothèque à partir de sources tirées du recueil des textes du cours. Chaque groupe choisit un thème pour son exposition et rédige une introduction et une conclusion de groupe, tandis que chaque élève choisit trois sources primaires et en fait un bref compte rendu, en les alliant les unes aux autres et au thème principal de son groupe. Cela permet d’acquérir les mêmes compétences qu’une analyse de source primaire standard, mais dans une situation rhétorique qui est plus ouverte au public. Dans le dernier devoir du cours, les étudiants choisissent une question d’actualité politique ou culturelle pertinente et rédigent un récit journalistique qui illustre comment une compréhension de l’histoire de l’esclavage dans le monde atlantique peut approfondir notre compréhension de ce phénomène (nous discutons de l’article de Ta-Nehisi Coates « Why Do So Few Blacks Study the Civil War » comme notre premier exemple du genre). Encore une fois, cela permet d’acquérir les mêmes compétences qu’un texte de recherche, car les étudiants doivent encore puiser dans des sources primaires et secondaires pour confirmer leur compréhension contextuelle approfondie de certains aspects de l’esclavage dans l’Atlantique, mais ce type de travail pousse aussi les élèves à réfléchir sur le rôle des arguments dans la sphère publique.
Ce ne sont là que quelques exemples de la façon dont une plus grande attention et utilisation du style comme outil d’enseignement ont amélioré ma pédagogie. J’espère qu’ils seront utiles à mes lecteurs aussi. En tant qu’historiens, nous apprécions tous l’écriture et la communication d’histoire et ceci est une façon de les rendre moins opaques et plus accessibles à nos étudiants.