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« Lire » un film dans un cours d’histoire

Dominique Brégent-Heald est professeure agrégée au département d’histoire de l’Université Memorial de Terre-Neuve. Elle y donne des cours d’histoire et de culture du cinéma américain. Avec Daphne Crane (conceptrice pédagogique principale au Centre for Innovation in Teaching and Learning de Memorial), elle a récemment reçu le prix d’excellence en technologie du CNIE-RCIE pour un cours en ligne, HIST 2610 : USA History since 1865. Le prix reconnaît les utilisations novatrices et intégrées de la technologie dans l’environnement d’apprentissage. Le cours a utilisé des photographies, des images et des vidéos intégrées pour engager les étudiants. Elle est l’auteure de Borderland Films : American Cinema, Mexico and Canada during the Progressive Era (Lincoln : University of Nebraska Press, 2015) et travaille actuellement sur l’histoire du cinéma touristique au Canada dans la première moitié du 20e siècle.

BrégentQue faut-il faire au niveau de l’enseignement et de l’apprentissage pour favoriser un plus grand engagement envers l’histoire dans les universités et en général ?
Bien que je ne puisse pas répondre à cette question de façon exhaustive, je peux discuter de ce qui a fonctionné pour moi. L’un des défis de l’enseignement de l’histoire consiste à trouver des moyens de rendre le contenu des cours pertinent pour les étudiants d’aujourd’hui. J’engage les étudiants à travers le cinéma et la culture populaire de façon plus générale en employant des méthodologies historiques. La plupart des étudiants adorent le cinéma ! Le défi, cependant, est d’enseigner aux étudiants que le visionnement d’un film n’est pas seulement un divertissement. Ils peuvent plutôt être une fenêtre sur des aspects de la culture et de la société américaines. J’utilise le cinéma comme source principale pour aider les étudiants à comprendre les préoccupations, les attitudes et les croyances des Américains au moment historique où ces produits culturels ont été réalisés et consommés. Dans ma classe de première année, nous examinons les continuités et les changements au fil du temps en termes de représentations de la race, de l’ethnicité, de la classe, du sexe et de la sexualité à l’écran dans les films hollywoodiens conventionnels tout en établissant des liens avec des changements plus larges dans l’histoire américaine. Les étudiants apprennent à « lire » les films comme s’il étaient des textes culturels, à développer différentes perspectives sur l’histoire et la culture américaines et à reconnaître et analyser plusieurs concepts et théories associés aux études culturelles et à la sociologie de la différence humaine dans un cadre historique.

Comment l’apprentissage a-t-il changé depuis vos études de premier cycle et où pensez-vous qu’il se dirige ?

J’étais étudiante de premier cycle à l’Université de Toronto (Trinity College) dans les années 1990, alors je me souviens de l’agonie des modems commutés et de l’impression matricielle de points ainsi que des joies de la navigation dans les rayons de la Robarts Library. Aujourd’hui, il est devenu habituel d’avouer que nous vivons à une époque saturée en médias et que les étudiants universitaires sont des utilisateurs quotidiens du numérique. Ils ont un accès immédiat à n’importe quelle information, comme en témoignent les étudiants qui se tournent rapidement vers Google au milieu d’un cours magistral lorsque mon cerveau d’un certain âge, éreinté, ne se souvient plus de l’année de la sortie d’un film particulier. Certes, la technologie a aussi facilité le téléchargement et l’intégration de photographies, d’images et de vidéos dans nos cours, ce qui a permis à des enseignants comme moi d’impliquer divers étudiants. Mais mon but est d’enseigner à ceux-ci comment aller au-delà de simplement percevoir les médias visuels comme un moyen d’illustrer ou d’agrémenter un contenu écrit. J’encourage plutôt les étudiants à faire preuve d’esprit critique à l’égard des images. La technologie d’aujourd’hui m’a permis d’aider les étudiants à développer leurs compétences de littératie visuelle et à s’engagerà fairede l’histoire. Il ne s’agit pas simplement de mémoriser des faits ou de faire la chronique d’événements, mais d’envisager des processus, de développer des techniques d’enquête et d’avoir une approche fondée sur des preuves pour comprendre le passé.

Pouvez-vous nous faire part d’une tâche ou d’une stratégie pédagogique qui a été particulièrement efficace pour vous ?

D’après mon expérience, j’ai constaté que les dissertations fondées sur l’analyse des sources primaires se sont avérées particulièrement efficaces pour la plupart des étudiants. Dans mon cours de première année de cinéma et d’histoire américaine, les étudiants font des recherches, analysent et contextualisent un long métrage de fiction produit aux États-Unis pour le marché américain comme source principale. Ils examinent comment le film aborde les grands thèmes culturels et sociaux de l’histoire américaine au moment de sa production, notamment en termes de race, de classe, de sexe et/ou de sexualité. Ce devoir donne aux étudiants l’occasion de démontrer leur compréhension de l’environnement social, économique, politique et culturel dans lequel le film a été créé. Ils apprennent aussi que la pratique de l’histoire est un acte d’interprétation. Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises réponses, mais il y a diverses perspectives fondées sur l’évaluation de la preuve et la présentation d’un argument raisonné.