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Enseigner un cours en ligne avec Anne Trépanier

Danielle Kinsey et Anne Trépanier

En 2015, la professeure Trépanier, une spécialiste d’études du Québec et d’histoire appliquée à l’Université Carleton, a reçu un prix « Enseigner avec la technologie ».  Ce prix fait suite à un prix d’excellence en enseignement de la Faculté des arts et des sciences sociales et à un prix d’excellence en enseignement de l’Association des étudiants des cycles supérieurs qu’elle s’était préalablement mérités. En 2018, elle a également été l’un des candidats pour un prix de professeurs préférés.

La professeure Trépanier donne des cours à la School of Indigenous and Canadian studies, dont deux entièrement en ligne. L’un est un cours d’introduction à la société québécoise et l’autre est un cours de deuxième année sur la « réflexion critique du nationalisme ». Elle vient de publier un chapitre d’un livre en Allemagne sur la médiation culturelle et l’enseignement en ligne, « Enseigner le Québec en anglais et en ligne : entre traduction et interprétation » dans Sophie Dubois, Julia Montemayor Gracia et Vera Neusius (dir.) Les manuels de langue et de littérature étrangères comme médiateurs culturels : Québec-Canada-Europe/ Lehrwerke für Sprache une Literatur als kulturelle Mittler im Fremdsprachenunterricht : Québec-Kanada-Europa, Röhrig Universitätsverlag, p. 169-184 et un article spécialisé, rédigé en collaboration avec Maristela Petrovic-Dzerdz, sur l’apprentissage expérientiel à l’ère numérique.

Comment l’enseignement de cours entièrement en ligne a-t-il changé votre façon d’enseigner ?
Je crois que l’apprentissage consiste à mobiliser tout l’individu, le cerveau et le cœur…. J’ai dû réfléchir à mon expérience d’apprentissage avant de plonger dans le monde de l’enseignement en ligne. C’était bien sûr un défi d’adapter un cours universitaire en salle de classe pour un format en ligne, en remaniant tous les aspects du cours. Cette lourde tâche, accomplie en 2013 pour le cours Introduction to Québec societyet en 2014 pour Introduction à la culture et à la société québécoises, a été soigneusement soutenue, encouragée et inspirée par Maristela Petrovic-Dzerdz, et elle m’a bien préparée à en créer une « à partir de zéro » en 2018, Critical Nationalism.

Maristela et moi avons d’abord envisagé les possibilités que la plate-forme soit quelque peu aride, puis nous avons contesté l’idée que l’enseignement en ligne allait être facile et nous nous sommes penchées sur ce que signifiait être l’auteure d’un cours en ligne.

Le grand défi était de traduire en ligne ce qui fonctionnait bien en classe : un portfolio, des discussions, des réponses réfléchies hebdomadaires, des recherches en bibliothèque et archivistiques et un débat sur la souveraineté du Québec à la fin du trimestre. La clé était de pouvoir créer un milieu rassurant où les étudiants puissent cultiver leur capacité de réflexion critique, de mener des recherche efficaces, de développer une voix comme universitaire et d’écrire de façon efficace. Il s’agissait de transférer ces priorités et, je l’espère, de maintenir le même message. Mon intention était de créer un environnement stimulant et sécuritaire et d’offrir des occasions de travail de groupe, de recherche et d’activités pratiques. Je voulais que les étudiants développent une interaction profonde avec le matériel du cours, qui comprend des films et des conférenciers invités, à développer et à exprimer une opinion éclairée et à être capables de résumer des idées complexes tout en forgeant leur propre voix. J’avais aussi besoin de trouver un moyen d’atteindre ces objectifs et d’évaluer le progrès des étudiants.

Comment pouvais-je captiver un public qui n’était pas captif dans une salle de classe et qui pouvait s’absenter de mon cours et se déconnecter à tout moment ? 
J’ai décidé d’identifier mes compétences transférables sur une plateforme en ligne et j’ai réalisé qu’elles n’étaient pas vraiment différentes des compétences normales qu’un professeur devrait avoir : expertise dans le domaine, connaissance des sources primaires et secondaires, connaissance des théories, concepts et définitions et bien sûr la passion pour l’enseignement…De plus, toute une équipe d’experts passionnés m’aiderait ! EDC m’a aidé à développer la pédagogie et l’évaluation, CUOL m’a aidé à produire des vidéos, des enregistrements et des entrevues et, bien sûr, le concepteur pédagogique pour créer des activités qui transféraient en ligne ce qui fonctionnait bien en classe…. Et elle m’a fait réfléchir sur les objectifs et les résultats à chaque étape. Maristela a conçu des activités qui correspondaient aux objectifs que j’avais pour l’expérience en classe après avoir pris une décision précise sur les objectifs et les résultats spécifiques pour chaque partie hebdomadaire du cours en ligne. Le cours traditionnel n’est pas transférable, mais les techniques d’enseignement et l’enseignement le sont.

Ce nouveau défi fût une révélation pédagogique : le professeur n’est pas là pour fournir de l’information (elle est déjà disponible sous diverses formes) mais pour guider les étudiants dans leur processus cognitif tout en les aidant à développer leur pensée critique et leurs compétences en recherche. J’ai été obligé de réduire le contenu de mes cours et de les réorganiser en plus petites sections. Les cours devaient être en ordre séquentiel, adaptés à l’apprentissage nomade, tout en étant cohérents sur le plan intellectuel, pédagogiques et simples (forme répétitive, milieu rassurant, interaction intuitive) — ce que Maristela décrit comme le Story-board. Ce format de leçon répétitive, simple et bien organisé a facilité l’implémentation rigoureuse d’un enseignement centré sur l’étudiant. J’ai choisi d’offrir une grande variété d’activités intégrées dans un visuel simple.

L’enseignement et l’apprentissage méritent qu’on leur donne le temps, l’engagement et le respect nécessaire. Je prends mon poste de professeure très au sérieux, j’enseigne aux étudiants non seulement ce qu’il faut lire et comment examiner l’information, mais aussi comment se comporter en tant qu’étudiant, en tant qu’intellectuel et en tant que citoyen informé. Maintenant, je dois aussi apprendre à faire en sorte que d’autres personnes, mes pairs et mes collègues, examinent quelque chose de très personnel : mon cours ! et mon enseignement. Depuis 2013, j’ai dû apprendre à permettre à ce que mon cours en ligne devienne un site d’intérêt et d’éventuelles critiques. Ce niveau de partage et de publicité est l’une des nombreuses transformations que la migration en ligne de mon cours m’a obligé à accepter.

Les statistiques pour mon cours sont :
Nombre de diapositives utilisées : 357
Images dans les diapositives utilisées: 459 (la moitié d’entre elles sont des photos que j’ai prises)
Heures de classes enregistrées (Camtasia Relay) : 11,5 heures
Nombre de vidéos d’introduction hebdomadaires enregistrées dans le studio CUOL : 14
Nombre de pages de classes hebdomadaires créées dans cuLearn :  110
Nombre de liens vers des sources Web : 101
Heures de matériel vidéo (films, documentaires, entretiens, chansons, etc.) : 8

Existe-t-il des moyens de rendre l’enseignement en ligne plus efficace que l’enseignement en personne ?
À l’ère de l’Instagram, l’image de soi et les histoires personnelles sont essentielles pour entrer en contact avec les étudiants. Je me suis rendue compte qu’ils devaient se regarder dans le miroir avant de regarder le monde. L’adaptation du contenu et des activités du cours à la vie et à l’expérience personnelles des étudiants améliore encore la motivation des étudiants à persévérer et à réussir dans le cours. C’est bien sûr ce que font en classe mes collègues extraordinaires dans le département des études autochtones et canadiennes. Mais je dois dire que lorsque nous abordons des sujets difficiles comme le champ d’une réflexion critique du nationalisme ou de la médiation culturelle, le fait que le cours en ligne soit asynchrone aide vraiment… par exemple, un forum de discussion ouvert pendant trois jours augmentera le sentiment de valeur personnelle de l’étudiant par l’approbation des pairs et le dialogue et il donne vie aux théories de la conversation. Il permet également aux élèves de diverses origines culturelles et traditions de réfléchir sur leur propre expérience et d’apporter une perspective personnelle unique aux sujets, ce qui peut être très motivant. Par exemple, au lieu d’ouvrir un espace de discussion aux seuls élèves qui peuvent physiquement se rendre dans une salle de classe et qui ont suffisamment confiance en eux pour parler, un environnement d’apprentissage numérique réunit les élèves à travers le temps et l’espace pour engager des conversations où ils peuvent aussi prendre le temps de citer des sources importantes pour appuyer leurs arguments.

Qu’elle a été une mission ou une stratégie pédagogique particulièrement efficace pour vous dans le média en ligne ?  
Par exemple, dans « Une discussion sur la culture », de petits groupes d’étudiants décident collectivement, par le biais d’une discussion en ligne étalée sur deux semaines et trois phases, de trois éléments qui aident à entretenir une culture, et s’entendent sur une justification. En utilisant le forum de discussion privé en ligne comme plateforme de conversation, chaque étudiant fournit sa propre liste de trois points et une justification. Au cours de la deuxième ronde de discussion, ils échangent des idées pour produire une liste finale de trois éléments, les classent par ordre d’importance en fonction du consensus et rédigent une justification consensuelle. Encore une fois, leur liste finale est soumise au moyen de l’activité de la base de données, visible par toute la classe et ouverte aux commentaires.

La maîtrise de l’information, c’est-à-dire la capacité d’identifier un besoin de renseignement ainsi que la capacité de rechercher, d’accéder et d’évaluer les sources, est pour moi de la plus haute importance. Une visite aux Archives nationales est toujours intéressante et amusante, mais une navigation similaire sur Internet permet à tout le monde de s’inscrire en tout temps ! Martha, notre extraordinaire bibliothécaire spécialisée en études autochtones et canadiennes, était prête à nous aider. Ensemble, nous avons pu produire des activités d’apprentissage qui demandent aux élèves de comprendre la nature des sources clés et d’utiliser un certain nombre de stratégies de recherche pour trouver ces sources. J’avais des objectifs, des résultats et des idées…. Martha Attridge Bufton a relevé le défi et a créé un ensemble de vidéos pédagogiques originales qui définissent les sources primaires et secondaires et démontrent l’utilisation des dépôts et des archives en ligne pour trouver des documents tels que des documents d’archives, des enregistrements audio originaux et des photographies. Les étudiants sont ensuite évalués sur leur capacité à trouver des exemples de telles sources. Je crois que l’expérience en classe, en revanche, serait beaucoup plus lourde et prendrait trop de mon temps de cours.

Qui ont été les professeurs qui vous ont le plus inspirée et quelles sont les qualités qui rendent ces éducateurs si efficaces ?  
Madame Delaulne était une merveilleuse professeure de collège au Programme du Baccalauréat International du Petit Séminaire de Québec qui n’a pas ménagé son énergie. Malgré la lourdeur du contenu des cours, elle a réussi à faire interagir les étudiants en profondeur avec le matériel en leur suggérant de nombreuses tâches créatives, comme la fabrication de masques de plâtre pour mieux comprendre la civilisation grecque par le théâtre et la personnalité des personnages d’une pièce que nous allions étudier ; elle a facilité l’apprentissage expérientiel grâce à des visites sur le terrain ; et elle nous aidait à réfléchi au langage écrit à chaque étape de nos productions écrites.

J’ai rencontré Monsieur Ségal au département d’histoire de l’Université Laval. Il enseignait un cours d’histoire appliquée – Communication de l’histoire. Dans ce cours, nous avons accompli tant de choses ! Il nous traitait sur un pied d’égalité – les étudiants étant tout simplement moins expérimentés – et il concevait des occasions pour acquérir de l’expérience. Nous avons rédigé des chroniques historiques pour le Journal le Soleil, nous avons rédigé des activités pour les Médiévales de Québec et nous avons créé une pièce de fiction historique que nous avons présentée au Congrès des professeurs d’histoire. Il était une figure si inspirante et encourageante. J’ai découvert plus tard qu’il était le mari de Madame Delaulne ! Je ne peux pas imaginer à quel point leurs soupers de famille devaient être intéressants !

L’apprentissage a-t-il changé depuis vos études de premier cycle et où pensez-vous qu’il se dirige ?  
Pendant mes études de premier cycle, la plupart de mes cours étaient offerts dans un grand auditorium où le travail de groupe était impossible et où la prise de notes individuelles était un défi… J’étais distraite par les nombreuses conversations des étudiants autour de moi. J’ai aussi eu des séminaires de premier cycle où l’apprentissage et le partage m’ont semblé être la meilleure façon d’apprendre. Les tutoriels, discussions de lecture, recherches individuelles et présentations publiques, ont été le meilleur moyen de créer une cohorte, un sentiment d’appartenance mais aussi un véritable partage des connaissances… et d’obtenir des conseils de recherche dans le but de s’améliorer. Mais mon meilleur cours a été celui que je viens de décrire.

Avez-vous un site Web ou un balado préféré que vous aimeriez recommander aux personnes intéressées à enseigner et à apprendre l’histoire ?
Je recommande vivement le site de mon ami Laurent Turcot intitulé « L’histoire vous le dira » ; https://www.youtube.com/channel/UCN4TCCaX-gqBNkrUqXdgGRA
Nous nous sommes rencontrés comme étudiants en histoire à l’Université Laval car nous étions tous les deux dans un groupe d’art dramatique et nous avons étudié ensemble à Paris par la suite. Ses capsules sont très instructives, bien documentées et bien livrées. Il a tellement d’adeptes que Le Monde prépare un dossier spécial sur lui. C’est peut-être aussi parce qu’il a été l’historien de la Révolution française d’Assassin’s Creed….

Si vous souhaitez entrer en contact avec la professeure Trépanier, son adresse courriel est : anne_trepanier@carleton.ca.

N’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires et si vous souhaitez écrire un texte sur un aspect que la professeure Trépanier a abordé, veuillez communiquer avec Danielle Kinsey à Danielle.Kinsey@carleton.ca.