Mon parcours pour devenir professeur d’histoire n’a pas été simple. Je n’ai jamais terminé mes études secondaires. Mes études de premier cycle ont été interrompues par une pause de quinze ans au cours de laquelle j’ai gagné ma vie principalement comme travailleur manuel dans l’exploitation forestière, l’agriculture, le travail en usine, la construction, le balayage de planchers, le pompage de gaz, etc. Après avoir obtenu un doctorat en histoire, comme beaucoup d’autres, j’ai passé des années à joindre les deux bouts avec un emploi à temps partiel, des postdoctorats et l’enseignement à l’extérieur de ma discipline. J’avais presque 50 ans lorsque j’ai finalement décroché un emploi de rêve dans le domaine de l’enseignement de l’histoire à l’Université St-Thomas à Fredericton, au Nouveau-Brunswick.
Je dis « de rêve » parce que j’ai été embauché à un moment où le département d’histoire de St-Thomas a su profiter de l’occasion offerte par une transition générationnelle pour repenser ce que le département pourrait être et ce qu’il devrait faire. Les administrateurs de St-Thomas’s ont également choisi de faire des arts libéraux une des aspects déterminants de l’institution alors que les arts libéraux semblaient être en recul presque partout ailleurs. Mon expérience personnelle et les circonstances de mon emploi ont préparé le terrain pour l’enseignement que j’ai fait à St-Thomas, qui pourrait être résumé comme ceci : un universitaire faiblement acculturé acquiert l’occasion d’innover dans un environnement favorable, sachant que ses années d’enseignement sont limitées.
Durant les quinze années où j’ai enseigné à St-Thomas, je suis passé de l’enseigement de cours d’histoire du Canada à enseigner des nouveaux cours thématiques d’histoire du monde et j’ai travaillé avec mes collègues pour édifier collectivement un vaste programme d’histoire du monde. J’ai créé des cours sur l’eau et l’histoire mondiale, l’agriculture et l’histoire mondiale, les mouvements sociaux de l’après-guerre, l’histoire environnementale mondiale et un cours hybride d’histoire locale et d’histoire mondiale intitulé « Ici » pour le nouveau programme d’études du département.
Ces cours étaient très populaires. Ils attiraient un nombre extraordinaire d’étudiants très motivés et réfléchis. Je pense souvent à beaucoup de ces étudiants maintenant que je suis à la retraite. Nous avons eu d’excellentes conversations et beaucoup de ceux avec qui je reste en contact font des choses inspirantes dans leur vie. De très bons étudiants voulaient prendre ces cours thématiques et ils m’ont fait vivre des expériences en classe que j’ai beaucoup appréciées.
J’aimais donner des cours magistraux de plus grande envergure ainsi que des séminaires de recherche de niveau supérieur plus intimes. Mais les séminaires thématiques de taille moyenne d’histoire du monde étaient particulièrement gratifiants. Nous avions le sentiment de participer à un projet collectif important. Plusieurs douzaines d’entre nous se rencontraient deux fois par semaine pour s’attaquer au modèle d’utilisation de l’eau dans l’histoire humaine, ou au caractère changeant des mouvements sociaux, ou à la grande expérience appelée l’agriculture. Nous avons essayé de comprendre où les humains étaient allés et où nous allions. Et je suis profondément reconnaisant de ces expériences et de la chance que j’ai eue de pouvoir participer à ces discussions.
Un commentaire commun de mes étudiants était : « Ce sont des choses importantes. » Le non-dit dans cette déclaration – et le ton de surprise qu’elle contenait – est l’impression qu’une grande partie de ce qu’ils étudiaient dans d’autres cours n’avait pas beaucoup d’importance dans leur vie, ou n’en avait pas autant. Je suis troublé de constater que l’excellence dans l’enseignement soit souvent formulée au niveau institutionnel d’une façon qui dénigre le contenu en se fixant sur les stratégies pour l’enseignement : les méthodes du professeur sont-elles « novatrices » ? Utilisent-ils pleinement les nouvelles technologies ? Est-ce qu’on offre aux élèves une variété de façons de démontrer leur apprentissage ? J’ai toujours pensé que ma première obligation en tant qu’enseignant était d’analyser ce que j’avais, moi, à offrir aux étudiants qui serait utile dans leur vie, sachant que leur période d’apprentissage universitaire – et le mien, à titre de professeur universitaire – était limité. La façon dont j’ai choisi de communiquer la compréhension de mon sujet était secondaire. Je reconnais que de nombreux enseignants n’ont qu’un choix limité en ce qui concerne le contenu de cours. Mais quand j’ai vu l’occasion qui s’offrait à moi de repenser ce que j’enseignais, j’en ai profité.
Ce n’est pas le moment propice pour expliquer la logique de mes choix particuliers en termes de matières d’enseignement, sauf pour dire qu’il y avait une logique. J’ai pensé à ce que j’avais à apporter en sachant ce que mes collègues faisaient dans leurs cours. Les étudiants, bien sûr, apprennent d’une grande variété de cours et de professeurs, il est donc logique d’y réfléchir avant de prendre des décisions sur la structure et le contenu des cours. Au cours des deux prochaines semaines, je partagerai quelques-unes des stratégies que j’ai utilisées, intitulées « Structurer le cours », dans l’espoir qu’elles puissent vous être utiles.