De Danielle Kinsey
En mars 2018, les professeurs Michelle Hamilton et Michael Dove, tous deux historiens publics au département d’histoire de l’Université Western , se sont mérités le Vice-Provost (Academic Programs) Award for Excellence in Collaborative Teaching.
La professeure Hamilton enseigne l’histoire appliquée, la culture matérielle, la mémoire sociale et l’histoire des Autochtones au Canada aux étudiants de premier cycle et aux diplômés. Le professeur Dove donne des cours sur l’histoire du Canada, le secteur brassicole, le monde des affaires, le monde maritime à l’échelle mondiale au début de la période moderne et l’histoire publique aux étudiants de premier cycle et aux diplômés.
Selon vous, en quoi consiste un enseignement collaboratif efficace et qu’est-ce qu’il ajoute à l’expérience d’apprentissage ? (Hamilton et Dove)
Le désir de partager les connaissances historiques avec la communauté et d’établir des liens avec un public plus vaste est au cœur de l’histoire appliquée. Rien de tout cela n’est possible sans collaboration. L’enseignement collaboratif peut se faire à plusieurs niveaux – entre les enseignants, entre les étudiants et avec les partenaires communautaires. Plus la collaboration est vaste et approfondie, plus le produit final peut être stimulant et potentiellement enrichissant. Quelle que soit l’ampleur d’un projet, une collaboration efficace exige que les membres de l’équipe établissent une relation fondée sur des objectifs communs et sur le respect des capacités et des expériences des uns et des autres. C’est aussi la réalité dans le milieu du travail.
Chaque année, nos étudiants en histoire publique réalisent un projet de groupe avec un partenaire communautaire. Suivant le concept du « partage de l’autorité », des historiens publics qui œuvrent dans des musées, des archives et des organismes patrimoniaux aident nos étudiants à vivre des expériences concrètes dans leurs établissements. Cela non seulement élargit le réseau professionnel des étudiants, mais leur participation dans ces projets leur permet de renforcer leurs CV et leur sert de formation professionnelle. Travaillant en petits groupes, les élèves apprennent aussi les uns des autres.
Notre test critique en termes d’efficacité de l’enseignement réside dans la façon dont nos étudiants développent des compétences de collaboration et les mettent en pratique sur le terrain. Nos élèves, comme la majorité des gens, découvrent que c’est en faisant que l’on apprend le mieux. Les projets de collaboration leur permettent de fusionner la théorie et l’expérience pratique, cultivant ainsi leur désir et leur capacité de « faire » de la bonne histoire appliquée.
Que faut-il faire au niveau de l’enseignement et de l’apprentissage pour favoriser un plus grand engagement envers l’histoire dans les universités et de façon générale ? (Hamilton et Dove)
L’une des préoccupations les plus pressantes des départements d’histoire est la survie même dans un contexte de baisse des inscriptions et de réduction des ressources, alors que le besoin d’une plus grande conscience historique parmi le public n’a peut-être jamais été aussi grand. Les administrations universitaires et les départements d’histoire devraient reconnaître qu’il s’agit d’un appel à l’action plutôt que d’une occasion pour déplorer une calamité imminente. Plutôt que de nous replier sur nous-mêmes, nous devons nous concentrer davantage sur notre rôle de fonction publique. Les analyses ne reflètent pas la complexité inhérente aux relations humaines, passées ou présentes. Elles ne reflètent pas non plus l’énorme quantité de temps et d’efforts qu’exige la prestation efficace de cours et de programmes qui visent à renforcer l’engagement des gens envers le passé.
L’apprentissage expérientiel et l’engagement communautaire sont de nouveaux mots à la mode pour les administrateurs universitaires, mais de nombreux professeurs d’histoire incorporent déjà ces aspects dans leurs programmes d’étude, qu’il s’agisse de stages, de conférenciers invités ou de projets de collaboration entre étudiants. Ce qu’il faut, c’est un soutien financier et personnel pour leurs efforts au niveau universitaire.
Il est également possible de favoriser un plus grand engagement à l’égard de l’histoire en reconnaissant, en appréciant et en récompensant les professeurs qui incorporent des techniques et des projets d’apprentissage collaboratifs dans leurs cours, qui participent à des événements communautaires et à des conseils d’administration et comités non universitaires et qui jouent un rôle actif dans la promotion de la compréhension historique auprès de plus larges auditoires par des moyens plus accessibles.
Qui est l’enseignant exceptionnel qui vous a inspiré et qu’est-ce qui a fait d’eux un éducateur si efficace ?
(Hamilton) Le professeur Terry Crowley, qui a enseigné mon cours d’histoire sur le métier d’historien à l’Université de Guelph. S’écartant un jour du descriptif du cours, il a partagé, avec son enthousiasme habituel, sur les carrières potentielles pour les étudiants en histoire comme moi. L’une des options qu’il a mentionnées était un poste dans un musée. Ça m’a frappé ; l’été suivant, j’ai fait du bénévolat comme interprète des programmes scolaires dans un musée local. Par la suite, des années de bénévolat et d’emploi dans des musées m’ont mené à faire des études supérieures en histoire publique.
(Dove) M. George Meadus, mon professeur de sixième année à l’école primaire Virginia Park, à St. John’s, Terre-Neuve. Il ne se sentait certainement pas confiné par les attentes du programme d’études, car le quotidien en classe comprenait des discussions régulières sur l’histoire, que ce soit ou non durant une période d’études sociales. Son enseignement de toutes les matières reconnaissait que tous et chacun avaient un passé. Nous nous sommes penchés sur l’histoire dans une perspective locale, qu’il s’agisse de son « reportage sur l’histoire de ce jour à Terre-Neuve » ou de l’une des nombreuses visites de divers sites de la ville que nous avons faites pour redécouvrir notre milieu du passé. Il s’est servi de l’histoire de ce qui nous entoure et qui nous lie au niveau local pour explorer des événements plus importants qui se sont produits dans le contexte de l’histoire canadienne et mondiale. Je pense que c’est là que j’ai compris pour la première fois que l’histoire ne se passait pas toujours ailleurs, que l’histoire se passait partout, pour tout le monde. Son intérêt personnel, son enthousiasme et sa passion pour l’histoire m’inspirent encore aujourd’hui.
Comment l’apprentissage a-t-il changé depuis vos études de premier cycle et vers où se dirige-t-il selon vous ? (Dove)
L’expérience que j’ai vécue en sixième année en histoire a certainement été mémorable, en partie parce qu’elle était si exceptionnelle. Il a fallu un certain temps, en deuxième année à l’Université Memorial pour être exact, avant que ma passion pour le passé ne soit sustentée de la même façon. Encore une fois, c’était à cause des histoires que mes professeurs partageaient souvent. Le contenu n’était pas que des « faits et des dates », il était plutôt présenté d’une manière attrayante. Parfois, les histoires étaient personnelles et nous étions encouragés à partager nos souvenirs du passé et à réfléchir aux raisons pour lesquelles nous nous souvenions de certains événements d’une certaine manière, et aussi à la façon de faire le rapprochement entre nos histoires et celles des autres, ce qui nous a encouragé à développer notre empathie historique.
Je crois que cette façon de faire a été compromise au cours des vingt dernières années, dans une certaine mesure en raison de la nature concurrentielle de l’éducation postsecondaire et du milieu de travail, qui met l’accent sur les notes et la préparation à la carrière. Il semble y avoir moins de place pour découvrir et apprécier les avantages d’essayer de nouvelles choses, d’apprendre en faisant des erreurs et de formuler ses propres théories et arguments fondés sur des recherches solides et des délibérations approfondies. Cet état de choses a creusé le fossé entre les historiens universitaires et les communautés qu’ils desservent, ce qui a eu pour effet de réduire considérablement le sentiment d’immédiateté et de pertinence de l’histoire qui, nous le savons, augmente la motivation des étudiants.
Ceci dit, je suis très optimiste pour l’avenir. Je constate une prise de conscience croissante, principalement en raison du désir général des gens d’avoir de l’espoir et des relations communautaires plus solides, que la société « redécouvrira » les leçons des penseurs historiques qui ont vu la folie d’oublier son passé en essayant de comprendre le présent et de tracer une voie pour l’avenir. L’idée de mettre fin à la myopie présente de privilégier certaines disciplines par rapport à d’autres gagne en momentum comme en témoigne par exemple le passage progressif du STIM au STIAM. L’évolution rapide du monde des médias numériques, qui peut être un outil puissant pour les historiens dans la compréhension de l’histoire chez les étudiants de premier cycle, constitue un autre changement de cap important. Grâce à ses avantages exceptionnels en matière d’accessibilité et de communication, l’histoire numérique facilite merveilleusement notre travail où les étudiants peuvent à la fois favorablement tisser des liens avec l’histoire et la partager avec d’autres dans le monde entier. Ce n’est qu’une façon de faciliter l’apprentissage actif, qui peut aussi être réalisé par d’autres méthodes conçues pour fusionner la théorie et la pratique, comme les projets de cours collaboratifs et les stages communautaires.
Nommez une mission ou une stratégie pédagogique qui a été particulièrement efficace pour vous ? (Hamilton et Dove)
Nous croyons fermement que les éléments fondamentaux de l’histoire appliquée qui fusionnent la théorie et la pratique rendent les expériences d’apprentissage plus participatives et plus satisfaisantes pour les élèves. Par conséquent, les élèves doivent avoir des occasions concrètes de mettre en pratique un modèle de meilleures pratiques avec des partenaires communautaires et un travail d’équipe en collaboration. Dans le cadre de notre programme de maîtrise en histoire publique, nous avons travaillé avec plus d’une centaine de partenaires communautaires aux niveaux municipal, provincial et national. Dans chacune de ces expériences, nos étudiants sont chargés de mener à bien toutes les étapes d’un projet, y compris la recherche archivistique, la rédaction collaborative, la conception d’expositions, les présentations publiques, les consultations communautaires, l’approbation budgétaire et la promotion médiatique.
En 2014-2015, les étudiants de maîtrise de Hamilton ont produit This Hour of Trial and Sorrow: The Great War Letters of the Leonard Family. En petits groupes, les élèves ont transcrit et édité près de 500 lettres écrites par la famille Leonard de London, en Ontario, rédigé de brèves introductions sur la famille, le front intérieur et celui de l’Ouest, conçu la couverture du livre, obtenu des citations pour une publication éventuelle et présenté le contenu historique lors du lancement à la bibliothèque publique de London au printemps 2015. Ce faisant, ils ont pratiqué la paléographie, la recherche archivistique, la rédaction pour le public et ont acquis des compétences en édition numérique et en conception.
Pour Dove, un récent projet de collaboration qui s’est avéré particulièrement efficace a été le projet de maîtrise en histoire publique avec le Musée canadien de l’immigration au Quai 21, à Halifax. Au moyen de recherches archivistiques et d’entrevues d’histoire orale, les étudiants ont organisé le contenu d’une nouvelle galerie virtuelle explorant le sujet de l’immigration américaine au Canada. Au cours du trimestre d’automne, des groupes d’étudiants ont rédigé d’importants rapports de recherche sur les migrations historiques de personnes du sud de la frontière vers le Canada, y compris les Planteurs en provenance de la Nouvelle-Angleterre vers les Maritimes, les esclaves noirs du Haut-Canada par le chemin de fer clandestin, et ceux à la recherche de la richesse des différentes ruées vers l’or en Colombie-Britannique et au Klondike. Au cours du trimestre d’hiver, les élèves ont recueilli les récits d’immigrants américains plus récents au Canada, dont des membres de la communauté LGBTQ+ et des opposants à la guerre du Vietnam. Le personnel du Quai 21 s’est rendu à Western pour former nos élèves aux techniques de l’histoire orale et pour les guider dans leurs entrevues. Les élèves ont effectué toutes les tâches liées à la production d’un projet d’histoire orale, depuis l’identification des participants et la recherche du contexte historique pertinent jusqu’à la réalisation, la transcription et la réalisation de la postproduction vidéo des entrevues ainsi que la rédaction d’un rapport de réflexion sur le processus. Ils ont participé à la promotion du projet au sein de l’ensemble de la communauté du début à la fin, et ont dû faire face aux réalités inconfortables liées au remaniement de la narration dominante pour y inclure des passés difficiles et souvent angoissants. Une étudiante a eu l’occasion de mener le projet à terme alors qu’elle effectuait un stage d’été au Pier 21 sous la supervision de l’équipe des médias numériques.
Avez-vous un site Web préféré que vous aimeriez recommander aux personnes intéressées à enseigner et à apprendre l’histoire ?
Bien que nous consultions régulièrement les excellents sites Web administrés par le Conseil national d’histoire publique (CNH) : https://ncph.org/publications-resources/educators/graduate-and-undergraduate/, son blogue History@Work : https://ncph.org/history-at-work/ et ActiveHistory-History Matters : http://activehistory.ca/, notre site préféré pour se tenir au courant des nouvelles, des ressources et des meilleures pratiques en enseignement de l’histoire dans un contexte canadien est celui de la Société Histoire Canada : https://www.histoirecanada.ca/education/faits-saillants
Si vous voulez entrer en contact avec les professeurs Hamilton ou Dove, vous pouvez le faire par courriel :
Michael Dove : mdove2@uwo.ca
Michelle Hamilton : mhamilt3@uwo.ca
N’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires ci-dessous et si vous souhaitez écrire un article sur quelque chose qui a été discuté ci-dessus, veuillez communiquer avec Danielle Kinsey à Danielle.Kinsey@carleton.ca.