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A.J.B. Johnston, Esyllt W. Jones, Robert B. Kristofferson, Winnie Owingayak, Martin Petitclerc, John Sandlos, William J. Turkel

Les prix Clio

2008

Le Nord
John SandlosHunters At The Margin: Native People and Wildlife Conservation in the Northwest Territories (University of British Columbia Press, 2007).
Hunters At The Margin est un livre abondamment détaillé, bien documenté, dont l’argumentation est brillamment présentée. John Sandlos démontre de façon convaincante la détermination du gouvernement canadien à coloniser le territoire nordique ainsi que les peuples autochtones du Nord canadien dans un effort pour limiter leurs capacités non seulement de chasser, mais de perpétuer leurs modes de vie traditionnels. Au début du vingtième siècle, le désir du gouvernement fédéral d’étendre son contrôle à la conservation, particulièrement en ce qui a trait au bison des bois, au bœuf musqué et au caribou entrait en conflit avec les intérêts des Cri, des Inuit et des Dénés des Territoires du Nord-Ouest. L’établissement des parcs nationaux, des refuges de gibier et la réglementation de la chasse ont perturbé grandement les modes traditionnels, rendant ainsi difficile les possibilités d’emploi déjà instables des autochtones du nord canadien ainsi que la vie dans des communautés supervisées par des représentants du gouvernement. Ce système de surveillance a privé en fin de compte les chasseurs traditionnels de leur liberté de parcourir le territoire et de vivre de façon autonome. John Sandlos présente un récit bien équilibré des voies des tout premiers conservationnistes, des représentants du gouvernement et des chefs autochtones, qui prétendaient tous avoir un intérêt dans la gestion de la faune du Nord. Les plus touchés par cette nouvelle intervention, les autochtones du Nord eux-mêmes, se sont fréquemment opposés et ont résisté aux politiques gouvernementales. L’éclaircissement avisé apporté par l’auteur de l’ensemble de ces tensions sert de rappel efficace de la méconnaissance des autochtones du Nord par le gouvernement fédéral, et des coûts astronomiques qui en sont découlés. On nous rappelle également à quel point l’histoire de l’environnement peut fournir un portrait riche qui permet de comprendre les gestes des humains, et, dans ce cas-ci, l’erreur humaine.

Prix honorifique
Winnie Owingayak
Née et élevée sur le territoire, Winnie Owingayak habite à Baker Lake, au Nunavut. Elle a pris récemment sa retraite comme gestionnaire du Itsarnittakarvik : Inuit Heritage Centre, à Baker Lake. Elle est membre à titre personnel du Conseil des Archives Nunavummi et membre du Inuit Qaujimajatuqangit Katimajiit, qui offre des avis au gouvernement du Nunavut au sujet des connaissances et des valeurs traditionnelles inuites.
En tant que membre de la nouvelle génération d’inuits documentant la culture inuite, Winnie Owingayak a recueilli des centaines d’enregistrements d’aînés et a participé au développement et à la production des CD Tuhaalruuqtut Vol. I et Vol. II et de Footprints, enregistrements de chants traditionnels inuits. Elle a joué un rôle déterminant dans l’élaboration de Tuhaalruuqtut Ancestral Sounds, une exposition virtuelle du Baker Lake Inuit Heritage Centre, qui se trouve sur le site Web du Musée virtuel du Canada. Les visiteurs de l’exposition peuvent entendre des extraits de chants de gorge et de pièces d’accordéon interprétés par Winnie. Tout en faisant la promotion de la compréhension vivante du patrimoine inuit dans sa collectivité de Baker Lake par sa participation et l’organisation de danses, de jeux et d’autres activités culturelles, Winnie Owingayak a été active tant dans la région qu’à l’échelle nationale, en partageant avec tous et chacun sa connaissance des histoires, des traditions et des chants inuits en recueillant des données et en offrant ses propres interprétations.

La Colombie-Britannique
William J. TurkelThe Archive of Place: Unearthing the Pasts of the Chilcotin Plateau (Vancouver: UBC Press, 2007)
Turkel considère le Plateau Chilcotin comme les « archives du lieu », qui révèlent de nombreuses interprétations différentes et quelquefois contradictoires du passé de la Colombie-Britannique et du territoire des peuples autochtones, des colons et des terres s’y trouvant. Le livre de Turkel est à la fois un travail sur l’histoire de l’environnement et sur l’histoire culturelle, qui traite essentiellement de la formation d’un territoire comme de l’assemblage de traces matérielles et de connaissances culturelles constitué dans un paysage de souvenirs. Passant du présent au dix-huitième, au dix-neuvième et au vingtième siècle,  Turkel a façonné un travail d’histoire méthodique écrit de façon novatrice et élégante.

Les Prairies
Esyllt W. JonesInfluenza 1918: Disease, Death, and Struggle in Winnipeg (Toronto: University of Toronto Press, 2007).
L’étude de Jones sur l’épidémie de grippe de 1918 offre une approche novatrice d’un sujet qui a attiré grandement l’attention des chercheurs. En considérant la façon dont la famille, la classe, les sexes et l’ethnicité fonctionnaient à Winnipeg au cours de l’épidémie de grippe, Jones tisse une histoire sociale nuancée qui combine la perspective médicale à celle du travail. Jones se concentre sur la façon dont les classes sociales et les sexes ont modelé les contours de l’épidémie et se sont cristallisés autour des divisions sociales des classes et de l’ethnicité. En particulier, son examen des dimensions liées aux sexes au cours de l’épidémie est très poussé et se sert des réponses sociales à la maladie-santé en vue d’explorer les frontières poreuses entre le foyer, le travail et la collectivité. Effectivement, le bénévolat et les services infirmiers de santé publique ont amené de nouveaux acteurs dans différents espaces urbains, apportant à la fois des services et la surveillance dans le nord « ethnique » de Winnipeg.

En plus de contribuer à l’histoire médicale, le travail de Jones contribue à l’histoire du travail au Canada. À la veille de la grève générale de Winnipeg, et au moment où la ville se vaut la réputation du Chicago du Canada, cette étude offre d’importants points de vue quant au tissu social de cette dynamique urbaine au cours de l’épidémie. En raison de la proximité de l’épidémie et de la grève générale de Winnipeg, Jones fait valoir que les expériences de la maladie ont aidé à forger de fortes identités des classes à Winnipeg et ont servi à créer une expérience collective qui a permis de mobiliser et de radicaliser les travailleurs. L’auteur y arrive en examinant trois épisodes en détail : du vote menant à la première grève générale en octobre 1918, en passant par les élections municipales lors desquelles les travailleurs étaient fortement représentés, à la grève générale elle-même en 1919. Jones présente un argument subtil et nuancé à l’effet que par le biais de l’expérience de l’épidémie, les classes de travailleurs de Winnipeg en sont venues à percevoir la maladie comme une construction sociale découlant des relations sociales de la ville.

L’Ontario
Robert B. KristoffersonCraft Capitalism: Craftworkers and Early Industrialization in Hamilton, Ontario 1840-1872 (Toronto, Buffalo, London: University of Toronto Press, 2007)
Dans ce livre, Robert Kristofferson fait le récit vibrant et précis des hommes de métier dans les premières étapes de l’industrialisation de Hamilton. Il explore la culture des métiers et les institutions grâce auxquelles elle s’est formée, faisant valoir qu’à cette époque, l’industrialisation n’était pas un processus linéaire comportant la dégradation des métiers et que les producteurs artisans ont joué un rôle important dans la détermination de son cours. S’inspirant abondamment des sources pertinentes, notamment des manuscrits de recensements, de la presse, et des riches données biographiques de la région, l’auteur brosse une portrait du changement historique qui est à la fois nuancé et complexe. Dans le nouveau milieu de travail industriel, les hommes s’identifiaient eux-mêmes comme des membres d’un corps de métier, et avaient acquis leurs connaissances grâce à des stages qu’ils avaient de bonne raison de croire les mèneraient à leur propre indépendance comme propriétaires ou à des postes de supervision hautement respectés et bien rémunérés. Même dans les plus grands milieux de travail, y compris les immenses ateliers de la Great Western Railway, l’organisation du travail était fondée sur la culture des métiers, dans laquelle la fierté du métier et les hiérarchies des métiers étaient renforcées. En s’inspirant de la riche documentation sur le changement économie et social au milieu du dix-neuvième siècle de Hamilton, Craft Capitalism démontre comment une focalisation locale peut permettre de traiter les plus importantes questions historiques.

Le Québec
Martin Petitclerc‘Nous protégeons l’infortune’.  Les origines populaires de l’économie sociale au Québec ( Montréal, VLB Éditeur, 2007).
Actrices importantes de la vie publique au XIXe siècle, les sociétés de secours mutuels ont néanmoins été négligées par les historiens du Québec.  « Nous protégeons l’infortune ». Les origines populaires de l’économie sociale au Québec, de Martin Petitclerc, est donc un ajout précieux à l’historiographie.  Bien structuré, reposant sur des recherches imposantes et une argumentation convaincante, ce livre fait la lumière sur la vie associative, mais également sur les rapports de classe sociale, le rôle de l’Église catholique, la masculinité et la culture ouvrière au Québec au XIXe siècle.  Petitclerc consacre une bonne partie de son livre à l’Union Saint-Joseph de Montréal, mais cet ouvrage est beaucoup plus qu’une simple histoire institutionnelle.  La recherche empirique soignée est intégrée à un cadre théorique rigoureux; le fonctionnement quotidien de l’Union Saint-Joseph et d’autres sociétés de secours mutuels est compris à la lumière d’une analyse s’appuyant sur les théories de l’encastrement développées par Karl Polanyi et Mark Granovetter.  Petitclerc a su s’inspirer de l’historiographie internationale pertinente afin de produire un ouvrage qui, tout en étant enraciné dans l’histoire des classes populaires québécoises, pose des questions plus vastes concernant les rapports entre l’économie et la société, entre libéralisme et solidarité.

Le Canada atlantique
Citation for A.J.B. JohnstonEndgame 1758: The Promise the Glory, and the Despair of Lousibourg’s Last Decade (Lincoln and London: University of Nebraska Press 2007).
Endgame 1758: The Promise the Glory and the Despair of Louisbourg’s Last Decade, de A.J.B Johnston, est fondé sur une recherche exhaustive et méticuleuse faite dans les dossiers français, britanniques et ceux des colonies britanniques et françaises, situant avec succès les événements qui ont mené à la chute de Louisbourg au milieu du XVIIIe siècle dans le monde atlantique. Johnston utilise la métaphore bien étoffée de l’échiquier pour reconstruire avec soins le mouvement des flottes adverses, des stratégies et des engagements militaires qui sont au cœur même de la monographie. Concurremment, Louisbourg est imaginée comme une « forteresse, un port de mer et une collectivité. » (4) Le récit de la reprise de Louisbourg par les Français fournit d’excellentes représentations de la vie sociale et commerciale de la ville au cours de sa dernière décennie et fait revivre sa population au moment où les résidents manquent de vivres et profitent des fêtes précédant le carême. Au moyen de détails personnels, comme l’échange de cadeaux entre le commandant britannique le major-général Amherst et Madame Drucour, la femme du gouverneur de Louisbourg au cours de la bataille finale, Johnston engage avec doigté ses lecteurs dans ses sujets, accentuant ainsi le caractère poignant de la défaite finale. (237) Le texte est enrichi de récits évocateurs à la première personne par une variété de participants des deux côtés du conflit. Johnston a réussi à situer solidement les alliés autochtones (et ennemis) des Français à Louisbourg dans le récit. Tout en offrant une grande quantité de riches détails relatifs aux engagements maritimes et militaires qui ont mené à la défaite finale de Louisbourg ainsi qu’aux aspects sociaux et commerciaux de la vie dans la ville fortifiée, cet ouvrage est fort agréable à lire.