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Micheline Dumont

Le prix Hilda Neatby Article de langue française

2002

Micheline Dumont, « Un champ bien clos : l’histoire des femmes au Québec », Atlantis 25.1 (automne 2000): 102-18.

Analyser et penser le monde en terme de «genres» est un exercice difficile, pour ne pas dire périlleux. C’est pourtant la tâche que se sont assignées les historiennes œuvrant en histoire des femmes et du genre. L’article de Micheline Dumont met en évidence que, après des décennies d’efforts en ce sens, bien peu d’historiens et d’historiennes dominent parfaitement ce défi. En dévoilant les lacunes de ce qu’elle appelle «la corporation historienne» à ce sujet, l’article de Dumont soulève d’importantes questions d’ordre méthodologique et historiographique. Comment juger de l’apport d’un nouveau champ de recherche ? Comment évaluer la pénétration de ce champ dans la production des historiens ? Depuis l’éclosion de cette dimension de la recherche, les historiennes féministes se parlent-elles en vase clos ou ont-elles réussi à entraîner tous leurs collègues dans une nouvelle approche ? Dumont nous propose de lire la production historique en utilisant une grille d’analyse assez fine à quatre niveaux : occultation de la réalité du genre et des femmes, présence compensatoire, intégration partielle, intégration conceptuelle. La lecture des publications choisies par Dumont à partir de cette grille met en évidence que les nouveaux acquis en histoire des femmes trouvent à peine écho dans la production historique québécoise ; l’intégration des innovations méthodologiques et théoriques est encore plus mince surtout dans la production historique francophone, la production anglophone faisant preuve d’une plus grande ouverture à cet égard. Le défi est donc de taille, autant pour « nous », chercheuses en histoire des femmes, que pour les « autres ». Accorder un prix à un article qui souligne le peu de résonance des recherches en histoire des femmes dans la production historique générale peut paraître étrange, sinon masochiste. Mais il faut dire merci à Micheline Dumont de nous avoir montré que la route sera encore plus longue avant que nos modes de penser soient profondément modifiés.