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Timothy Brooks

Le prix Wallace-K.-Ferguson

2009

Timothy Brooks, Jérôme Bourgon et Gregory Blue. Death by a Thousand Cuts, Cambridge, Harvard University Press, 2008.
À son niveau le plus élémentaire, c’est une histoire d’une forme infâme de la peine de mort (lingchi) pratiquée en Chine durant l’époque impériale. Mais Death by a Thousand Cuts offre beaucoup plus que cela. Le dialogue interculturel complexe que les auteurs ont utilisé pour saisir mieux ce phénomène unique de châtiment est le fil conducteur de leur ouvrage original et impressionnant. Abolie en 1905 par les autorités chinoises après près d’un millénaire d’existence, la « Mort par mille coupes » était non seulement un reflet du regard porté sur le supplice et la peine de mort au sein de la société chinoise, notamment par le pouvoir dynastique, mais aussi celui d’une représentation articulée de cette peine publique par les occidentaux. Important pour les historiens du droit, pour ceux et celles qui mènent des enquêtes sur le corps et le châtiment, ou pour les sinologues, ce livre l’est également pour les chercheurs qui tentent de comprendre les représentations historiques de l’altérité culturelle et leur portée durable sur les échanges et le dialogue élargis. Le corpus documentaire très riche sur lequel s’étaie la thèse des auteurs ne renferme pas que des sources écrites. Les illustrations tirées des œuvres de fiction, les peintures produites part les artistes de missions et la photographie disséminée en occident au tournant du XXe siècle permettent d’établir que les pratiques chinoises du supplice pénal s’inscrivent dans une longue tradition juridique. Pour les auteurs, l’histoire et la géographie du châtiment se tracent à travers des échelles dynamiques qui croisent les réalités, qui empêchent de cimenter la dépravation à un extrême d’une voie linéaire du progrès et de la civilisation, et la compassion, à l’autre. La qualité de la recherche et l’originalité de la méthode sont mises en évidence par une écriture précise et intelligente, libre de jargons et pleine de nuances qui procure – malgré l’horreur du sujet – des plaisirs uniques de lecture et de découverte.

Mentions honorables
Joan JudgeThe Precious Raft of History: The Past, the West, and the Woman Question in China.Stanford, Stanford University Press, 2008.
Comprendre et élucider le changement historique en Chine au tournant du XXe siècle à travers la place occupée par les femmes dans le développement de la nation est l’objectif principal de cet ouvrage important et original de Joan Judge. Situant son sujet au centre du passage à la modernité, l’auteure rend bien soin d’examiner les interactions nombreuses entre la Chine et l’Occident depuis le milieu du XIXe siècle, plus particulièrement à l’aide de ses propres catégories (chronotypes) et de la perspective offerte par la biographie de femmes dans des sources comme des documents officiels, des revues féminines, des essais polémiques, des textes didactiques et des manuels scolaires. Les contacts directs ou indirects de la Chine avec son histoire et le monde extérieur – l’éducation des femmes occupant ici une place de choix – permettent de voir un passé que les protagonistes ne cherchent pas invariablement à effacer, mais à transformer pour surmonter les obstacles et les défis du présent. Dans l’ouvrage de Judge, le lecteur trouvera une mosaïque de portraits complexes, que ce soit d’une société, du changement historique et des femmes, qui mènent à une compréhension stimulante de la vertu, du talent et de l’héroïsme de la femme en Chine. Avant The Precious Raft of History, d’autres ont tenté d’offrir une vue croisée et globale de l’histoire de la femme, mais rares sont les auteurs qui peuvent se vanter d’avoir élargi autant le registre idéologique de la chasteté, de l’éducation et de la maternité dans le contexte de la nation moderne, et d’avoir si habilement démontré la valeur heuristique du radeau.

Liz MillwardWomen in British Imperial Airspace, 1922-1937, Montréal & Kingston, McGill-Queen’s University Press, 2008.
Le monde de l’aviation est généralement considéré comme en étant un masculin. Que, en 1922, la Commission Internationale de la Navigation Aérienne sente le besoin de se pencher sur la place que devait occuper les femmes dans l’aviation commerciale en donne un bon indice. Le livre de Liz Millward a le grand mérite de nous le présenter sous un nouvel angle, alors qu’elle explore la féminisation de l’espace aérien de l’Empire britannique entre 1922 et 1937. Elle montre comment la combinaison de deux conjonctures particulières, l’effervescence de l’entre-deux-guerres et le développement rapide de l’aviation, permit aux femmes de trouver leur place dans les airs tout en se redéfinissant par rapport aux hommes. Millward s’éloigne des approches traditionnelles du sujet, souvent basées sur les biographies de quelques héroïnes, pour offrir un vaste panorama de la question qui nous amène de Londres à Auckland. Même si les références à la célèbre Jean Batten – la première personne à réaliser un vol direct entre l’Angleterre et la Nouvelle-Zélande en 1936 – sont inévitables, le recours à des sources variées permet à Millward d’aborder son sujet sous différentes perspectives tout aussi stimulantes les unes que les autres. Elle traite successivement des espaces aériens privé, commercial, impérial et national pour terminer son livre par un chapitre sur les représentations du corps des pilotes féminins. Ces différents sujets étant bien replacés dans le contexte de l’époque, la lecture de ce livre offre un éclairage fascinant tant sur la création du nouvel espace aérien que sur la construction de nouvelles relations sociales entre les sexes.